
Apple termine l’ère Cook sur un trimestre record
Apple a réalisé 109,42 milliards de dollars de chiffre d’affaires au troisième trimestre fiscal, porté par l’iPhone, tandis que le coût de la mémoire pèsera sur la transition vers John Ternus.
Apple a annoncé son meilleur trimestre de juin, avec 109,42 milliards de dollars de chiffre d’affaires au troisième trimestre fiscal, en hausse de 16 % sur un an. Le bénéfice net atteint 29,79 milliards de dollars et le bénéfice dilué par action 2,01 dollars. Le chiffre de 2,02 dollars en base simple a notamment bénéficié d’un remboursement de droits de douane équivalant à 0,11 dollar par action, selon l’Associated Press.
L’iPhone reste le principal moteur, avec 54,25 milliards de dollars de ventes, soit environ 22 % de plus qu’un an auparavant. Le Mac progresse à 10,35 milliards, les Services à 30,74 milliards et la catégorie Wearables, Home and Accessories à 7,88 milliards. L’iPad fait exception, à 6,19 milliards. Apple indique par ailleurs un record de trimestre de juin dans toutes ses zones géographiques, dont la Chine élargie à 18,8 milliards de dollars.
La qualité de ce résultat compte autant que le titre. Apple dépasse les estimations de bénéfice et de chiffre d’affaires citées par FactSet, mais une partie de l’écart sur le bénéfice par action vient du remboursement de droits de douane. Apple prévient aussi que le coût de la mémoire augmentera encore au trimestre de septembre, tandis que l’offre d’iPhone, de Mac et d’iPad sera plus contrainte. Les marges pourraient donc subir une pression malgré une demande soutenue.
Il s’agissait du dernier appel de résultats de Tim Cook avant l’arrivée de John Ternus au poste de CEO, le 1er septembre. La transition commence donc sur une base financière solide, mais avec plusieurs contraintes : absorber la hausse du coût de la mémoire, réussir le prochain cycle de l’iPhone et continuer à investir dans l’IA sans suivre les niveaux de dépenses beaucoup plus élevés de certains concurrents.
Un peu de contexte calendaire aide à lire ces chiffres. Le troisième trimestre fiscal d’Apple court d’avril à juin, traditionnellement la période la plus calme de son année : le lancement annuel de l’iPhone est encore à des mois, les achats des fêtes sont loin derrière, et la période sert généralement de passerelle entre deux cycles de produits. Un record établi dans cette fenêtre en dit donc davantage sur la demande de fond pour des produits déjà en rayon que sur l’effet d’une nouveauté — ce qui est sans doute le plus sain des deux signaux.
Ce rapport referme aussi une époque. Tim Cook est devenu directeur général en août 2011, succédant à Steve Jobs, et son mandat s’est défini moins par l’invention de nouvelles catégories que par l’échelle opérationnelle : une chaîne d’approvisionnement affinée jusqu’à l’art industriel, la transition vers les puces conçues par Apple et la construction délibérée d’une activité de services au-dessus de la base installée. John Ternus, vétéran de deux décennies dans l’entreprise et patron de l’ingénierie matérielle d’Apple, hérite de cette machine et non d’un redressement — un point de départ très différent de celui qu’avait connu Cook.
La ligne Services mérite, dans ce contexte, une attention particulière. Le segment — qui couvre l’App Store, iCloud, Apple Music, la publicité, les paiements et AppleCare — est devenu la deuxième source de revenus d’Apple, avec des marges que le matériel ne peut égaler. Les 30,74 milliards de dollars annoncés ce trimestre représentent exactement ce revenu récurrent à forte marge qui lisse la cyclicité du matériel, et c’est probablement le pilier sur lequel Ternus s’appuiera si les marges des appareils venaient à souffrir. Les investisseurs récompensent depuis longtemps ce basculement, valorisant davantage un revenu d’abonnement prévisible que des ventes de matériel cycliques.
L’avertissement sur la mémoire est le nuage à cet horizon. La DRAM et la mémoire flash NAND comptent parmi les composants les plus cycliques de l’électronique, et la demande fulgurante des centres de données dédiés à l’IA absorbe des capacités de production dans toute l’industrie. Quand les prix de la mémoire montent, les fabricants d’appareils font face à un choix inconfortable : absorber le coût dans leurs marges, augmenter les prix de vente ou rogner discrètement les caractéristiques. Les propres prévisions d’Apple suggèrent qu’elle s’attend à subir cette pression au moins jusqu’au trimestre de septembre, ce qui fait du prochain chiffre de marge un indicateur à surveiller de près.
La question de l’IA encadre le plus long terme. Des rivaux comme Microsoft, Alphabet et Meta dépensent à l’échelle des hyperscalers dans les centres de données et les modèles ; Apple a jusqu’ici suivi une voie plus économe en capital, en s’appuyant sur des partenaires et sur le traitement sur l’appareil. Savoir si cette retenue relève de la discipline ou du retard est la question stratégique ouverte dont hérite Ternus — et à laquelle un trimestre de juin record, aussi solide soit-il, ne répond pas.
Chez Apple, une transition de directeur général est un événement générationnel plus qu’une routine, et les premiers résultats sous la nouvelle direction seront scrutés de près : prévisions de marges, trajectoire en Chine élargie et toute inflexion de la posture sur l’IA. Pour l’heure, Cook sort par le haut : un trimestre record, toutes les régions en croissance et une succession réglée longtemps à l’avance — le genre de passation ordonnée que la plupart des entreprises de cette taille ne réussissent jamais.